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  « La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard. »

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MessageSujet: « La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard. »    Dim 28 Juil - 17:39



Le réveil de mon téléphone sonna. Maladroitement, je le saisis et l'éteignit. Il était trop tôt pour entamer la journée. Dix heures du matin, quoi. Je poussai un grognement de mécontentement et me rendormis. Je crois que je fis un rêve au sujet du soleil, d'un arbre et d'un singe. J'étais un singe. Et je devais sauver le soleil avec un arbre, quelque chose comme ça. Ouais, je suis lourd avec ça, mais j'ai comme le besoin de raconter mes rêves pour les exorciser, pour les sortir de ma tête. Ca va mieux après. Et donc, je finis par me réveiller aux alentours de quatorze heures. Afin de mieux émerger, je pris une douche fraîche, en prenant bien soin de m'asperger le visage. Je m'habillai et achevai ma toilette. La fenêtre ouverte m'apportait un vent doux et tiède. Une brise du sud. J'avais donc opté pour un polo Ralph Lauren bleu et jaune, un pantalon d'équitation marron et des chaussettes assorties à mon haut. Comme chaussures en revanche, baskets oblige, puisque je devais m'occuper de Milky Way aujourd'hui. Ah ! Mon cheval. Il me donnait du fil à retordre par moments, et à d'autres il était la perle rare que l'on recherche chez toute monture. Du sang, de la confiance et du muscle ! Malheureusement, nous n'étions pas toujours sur la même longueur d'onde. C'était assez rare en fait. Cependant, nous avions le temps devant nous pour devenir un couple, un duo usant de ce lien si particulier entre un cavalier et son cheval. Je pris bien soin de refermer la porte de mon petit studio en-dessous des écuries, avant de remonter les marches. Pour le moment, je n'avais pas faim. Il faut dire que j'avais trouvé de quoi grignotter ce matin en rentrant de soirée, aux alentours de trois heures. Aussitôt, je pris la direction des boxes pour y retrouver mon pur sang anglais à la robe si rare. Difficile de trouver un élevage qui fasse la promotion des PS de couleur ! Il avait fallut que mon oncle aille le chercher aux états-unis pour me dénicher cette petite merveille pour les yeux. Après être entré dans le grand bâtiment, je m'emparai du licol en cuir et de la longe jaune et bleue qui y était accrochée, et j'ouvris la porte de la maisonnette de mon cheval.

" Bonjour monsieur Up. "

Je penchais la tête sur le côté tout en patientant, espérant qu'au lieu de sa croupe rebondie, je puisse voir ses deux magnifiques oreilles pointées vers moi. Rien. Nada. Monsieur avait décidé de bouder ce jour-là. Très bien. Je soupirai et le contournai, tout en gardant une main sur son dos, glissant le long de son encolure, pour m'approcher de sa tête. Milky Way fit alors demi-tour et commença à sortir du box. Heureusement, je n'avais pas grand ouvert la porte, et il bloqua au niveau des épaules, ce qui me laisa le temps de passer la longe autour de son cou.

" Hé ! Milky ! Tu fais quoi là ? T'as pas le droit de faire ça ! Tu crois quoi ? Tu sors pas sans moi ok ? "

C'était sans doute ridicule de m'adresser à lui de cette façon, mais le fait de hausser le ton l'intimidait énormément. Il levait la tête, craignant une éventuelle claque, l'oeil blanc. Nouveau soupir. D'une voix plus calme, je lui demandai de baisser la tête et j'achevai de lui mettre le licol.

" On va y aller, bonhomme. Pas besoin de me faire un coup comme ça. De toute façon, t'as besoin de moi pour ouvrir la porte du paddock. "

J'ouvris la porte en grand lorsque je vis qu'une jeune demoiselle nous observait, Milky et moi. J'espère qu'elle ne croyait pas que je m'amusais à crier sur mon cheval à chacune de ses bêtises. Cette fois-ci, oui, je n'avais vraiment pas eu envie de le voir partir au galop dans les écuries et prendre son envol dans les campagnes avoisinnantes. Alors je m'étais un peu énervé, et Milky avait dû se prendre plusieurs corrections physiques auparavant. Rien de bien violent, mais de quoi le rendre méfiant. J'espérais que l'observatrice ne pensait pas que c'était moi qui l'avait dressé dans la crainte de l'homme. Pour lui enlever ces images de l'esprit - même si elle ne les avait pas, je voulais préserver une vision pure de moi -, je fis une gratouille sur le chanfrein de mon cheval, lui retirant le surplus de poils blancs qui s'évadait au vent, en cette période de l'année. Je relevai les yeux, et je voyais toujours la jeune femme. Elle avait un appareil photo avec un énorme objectif autour du cou. Pour briser la gêne que j'avais l'impression de sentir et être amical, je m'adressai à elle :

" Salut ! Tu prends des photos des chevaux des écuries ? "


Euh. Ok. Là c'était le summum. Une fille avec un appareil photo dans des écuries, si elle vient pas pour prendre les chevaux... C'était décousu. Idiot comme approche. Totalement nul. Mais je ne savais pas comment rompre ce silence qui s'était installé. Elle me fixait toujours. Enfin, me regardait-elle, ou Milky Way ? Intérieurement, sans doute pour me flatter, je préférais croire qu'elle avait envie de me prendre en photo, plutôt que mon fugueur de cheval !
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MessageSujet: Re: « La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard. »    Dim 28 Juil - 20:22


C
O
N
V
E
R
S
A
T
I
O
N













Copyright Avril
The Conversation




Waking up is never easy
So why don't you come over here ?


Pour une fois, j'avais dormi jusqu'à tard. L'air de la campagne, disait-on ici. Moi, je n'y voyais rien de différent avec celui de ma Venezia d'enfance. Mais, vous me direz, entre rester enfermée jour et nuit dans un Palace et passer sa journée dehors, la différence devait être là. Alors, au diable l'air qui était le même, et bonjour aux premières courbatures... Je me levais, et en voyant déjà midi s'afficher sur l'écran de mon portable, je filais prendre une douche. L'eau tiède finit en douceur de me réveiller. Je sortis, les cheveux trempés. Ne voulant pas les sécher, je décidais de les rassembler en un gros chignon un peu informe, mais qui avait l'avantage de dégager mon visage et de m'éviter d'être trempée jusque dans le dos.
J'enfilais un pantalon d'équitation marron, ainsi qu'une chemise à carreaux que je nouais devant, histoire de ne pas non plus mourir de chaud. L'air ici était moite, bien plus que le long de canaux où j'avais vécu si longtemps. Aucune humidité ce matin-là, juste le soleil qui devait bien s'amuser à nous voir suer de la sorte. Mais ces rayons dorés me rappelaient trop chèrement mon enfance pour que je les envoie balader.

Une fois habillée, je pris un rapide "petit-déjeuner", qui allait aussi certainement devoir me servir de déjeuner. Vu mon réveil récent, pas question de manger du salé; mais vu l'heure, pas non plus question de manger à nouveau dans une heure. Je me décidais donc pour un pain au chocolat, vestige de mon escapade en ville de la veille. Puis, attrapant mon téléphone portable et mon appareil photo, je quittais ma chambre.


Je me promenais d'abord dans l'écurie. Avec sa permission, je pris quelques clichés d'un palefrenier qui travaillait au nettoyage des box. Pour le moment, je n'en avais pas l'utilité, mais si jamais une commande se présentait pour ce type de photos, j'aurais au moins quelques exemples. Mon ordinateur, qui ne quittait jamais longtemps mon appareil, était rempli de ce genre de photos au cas où. Mais certaines avaient déjà été vendues pour des magazines, alors je ne perdais pas espoir.
Ne voyant plus personne, je partis me balader du côté des paddocks. Aucun cheval ne s'y trouvait, si j'avais voulu des chevaux en liberté, j'aurais dû aller me promener du côté des prés. Mais je ne souhaitais pas trop m'éloigner, et puis de toutes façons, rien ne m'attirait du côté des prés, ne sachant pas non plus si certains chevaux y vivaient. Je me contentais une fois encore de photos des paddocks vides, sous le soleil de début d'après-midi. Les rayons perçant à travers les arbres projetaient des flaques de lumière du plus bel effet sur le sol, et en ce moment je ressentis le bonheur que devait ressentir un vrai photographe, qui faisait de sa vie une gigantesque et interminable carte postale. Gagner sa vie en recherchant toujours plus la beauté là où les gens ne la voient pas forcément... C'était tout un art et un étât d'esprit que je m'efforçais de comprendre et d'assimiler. Mais, tellement gâtée et blasée dans mon enfance, je ne pouvais qu'avoir du mal. Un certain goût du défi, peut-être...

Entendant du bruit vers les écuries, j'y retournais d'un pas léger. En arrivant dans l'allée, je vis un beau jeune homme aux prises avec un cheval. Le sien, à en juger le regard qu'il lui lançait, et la caresse qu'il lui offrit. Me voyant, il m'interpella pour me demander le pourquoi du comment de mon appareil photo. Le tutoiement lui semblait évident, autant qu'à moi malgré ma timidité : nous avions sensiblement le même âge, et puis nous nous trouvions au même endroit, pour la même chose, à savoir les chevaux. Déjà beaucoup de points en commun.
Lui lançant un franc sourire, et surtout contente qu'il ait engagé la conversation sans que j'ai à le faire, je cherchais mes mots pour lui répondre. Avec mon accent italien qui restait fort malgré mes exercices régulier pour le faire disparaître, je lui répondis.

» Oui, entres autres. Mais c'est plus pour le plaisir que pour la demande des acheteurs, quoi qu'il en soit.

Je lâchais un petit rire, qui aurait pu sembler étrange, mais qui pour moi prenait tout son sens. Puis, remarquant la posture du jeune homme et celle de son cheval, coincé derrière lui, je soulevais mon appareil photo pour lui demander.

» Je peux ? Au fait, je m'appelle Avril.

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MessageSujet: Re: « La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard. »    Lun 29 Juil - 9:00



La demoiselle était une asiatique. Physiquement, elle avait ce teint légèrement hâlé, la peau lisse et les yeux légèrement étirés. Ils l'étaient encore plus lorsqu'elle souriait. Elle arborait un visage radieux suite à mes paroles. Je n'avais pas tout de suite remarqué, mais elle portait, tout comme moi, un pantalon d'équitation marron. Ma question devait vraiment paraître idiote alors, car tout me portait à croire que mon interlocutrice vivait ici. Il y avait peu de visiteurs dans le coin. Que des habitués, des gens intentionnés. Sa voix me tira de cette petite réflexion sans preuve. Elle avait un accent assez prononcé, quelque chose de chantant. Moi-même, je savais que j'avais certaines intonnations du sud, toutefois, je n'avais jamais vraiment entendu d'accent comme celui-là. Pourtant, j'avais déjà rencontré des coréens et même deux japonaises une fois. Elles ne parlaient pas français de cette manière. Et ma famille argentine non plus. Je me promis intérieurement de trouver d'où provenait cette demoiselle à la chemise à carreaux bleus nouée sur son ventre. Je ne comprenais pas trop pourquoi elle évoquait les acheteurs. Etait-elle photographe professionnelle ? Si c'était le cas, j'acceptais de suite de servir de modèle à cette charmante jeune femme. Cette-dernière émit un rire léger, qui chassa définitivement toute gêne qui avait pu investir les lieux. Je ne pus m'empêcher de sourire dans cette ambiance plutôt chaleureuse.

La jeune photographe me montra son appareil et me demanda la permission de l'utiliser sur nous. Milky. Moi. Les deux ? Aucune importance, elle prendrait ce qu'elle voudrait pour en conserver le souvenir éternel. Aussitôt, ne lâchant pas mon sourire, je lui répondis qu'elle pouvait, tout en m'effaçant de l'ouverture du box afin qu'elle puisse également admirer Milky Way dans toute son entiéreté.

" Bien sûr. Je t'en prie. "

Dans la foulée, la jeune femme s'était présentée. Avril. En général, on connaissait le mythe des filles anglaises ou américaines qui arboraient les mois de l'année comme July, April ou encore May. Mais en français... En réfléchissant, je tombais sur le nom d'une chanteuse d'un genre de rock, sans trouver d'autres comparaisons. Ce prénom ne m'éclairait donc pas sur la nationalité qui se cachait derrière ces traits asiatiques. Néanmoins, j'avais remarqué que la dénommée Avril avait des manières, elle savait se tenir, se présenter, et s'habiller. Un sourire en coin, je me fis la réflexion que j'avais peut-être trouvé quelqu'un appartenant au même monde que moi. Masquée derrière l'appareil noir, la main posée sur l'objectif pour adapter le zoom, l'index saisissant quelques points de vue de mon cheval, je n'avais pas remarqué qu'elle s'était aussitôt mise au travail.

" Je m'appelle Luka. "

Silence.

" Ravi de te faire ta connaissance Avril. "


Je n'avais pas pu retenir cette phrase supplémentaire, à la fois sincère et provocatrice. Cherchant je ne sais quoi, je tenais à ce que la demoiselle sache que j'étais content de ne plus être seul. Evidemment, j'avais déjà fait la connaissance du palefrenier mais c'était différent. Milky Way s'impatientait. Je lui avais promis de sortir d'ici. J'étais un peu gêné d'interrompre ainsi la séance photo improvisée de mon bel hongre aux couleurs rafraîchissantes.

" Je crois qu'il en a marre. Je l'emmène au paddock, alors si tu veux, tu pourras le photographier là-bas, en liberté. "

Et sans attendre une réponse, je reposai une main ferme sur la longe et pris la direction des paddocks. Un claquement de langue fit avancer Milky qui n'attendait qu'une chose : prendre la fuite ! Sur les chemins qui menaient aux enclos extérieurs, le pur sang anglais trottait. Il allait être dur à lâcher. Je jetai un coup d'oeil derrière mon épaule, pour vérifier si nous étions seuls ou suivis d'une charmante asiatique, mais mon cheval ne me laissa pas ce luxe et il profita de ce moment d'inattention de ma part pour tenter de m'arracher la longe. Tenant bon, et l'engueulant un peu, je ne lui offris pas cette permission. J'ouvris la porte du paddock tandis que Milky Way Up trépignait. Certains de ses nouveaux copains étaient dehors depuis le matin, et lui avait attendu mon réveil pour pouvoir les retrouver. Dès que la porte fut ouverte, le réformé des courses se mit debout et partit dans un galop qui faisait voler les mottes de terre. Evidemment, j'avais tout lâché cette fois. La longe tranait derrière lui, secouée par les mouvements puissants de son allure rapide. Je refermai la porte et attendis qu'il se calme pour avoir l'espoir d'entrer lui retirer la longe. Un coup d'oeil par-dessus mon épaule m'informa qu'Avril se tenait là, appareil en main. Hé bien ! Milky Way lui avait fait de beaux clichés, et il allait certainement continuer.

" C'est la première fois que je le lâche au paddock. Je pense que tu vas avoir de belles photos, vu comme il est monté sur ressords ! "

Je sifflai, pour attirer l'attention de mon coursier qui galopait et hennissait à l'intention de ses congénères. Sourd comme un pot.

" Tu as un cheval ici, Avril ? "

Puisque mon destrier tacheté refusait de communiquer avec moi, j'étais bien décidé à faire parler la photographe. Elle finirait par me dire d'où elle venait. J'avais tendance à mettre les gens en confiance. C'était sans doute dû à mon sourire réconfortant et mon regard chaleureux. Ceux que j'arborais en ce moment-même pour motiver la jeune femme à me raconter les détails de sa palpitante existance.
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MessageSujet: Re: « La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard. »    Mar 30 Juil - 22:05

Invitée à le faire par le jeune homme, je me saisis de mon appareil. La lumière n'était pas fantastique, mais j'étais loin des studios éclairés où l'on m'avait appris ce que je savais. Il me fallait faire avec les moyens du bord, et en plus le cheval montrait des signes d'impatience. Après s'être lui aussi présenté -Luka-, il guida son cheval jusqu'à moi pour le faire sortir de l'écurie. En le voyant passer devant moi, je pus admirer la magnifique robe qu'arborait son cheval. Un savant mélange de blanc et de caramel, qui me rappelait ces peintures des galeries d'art trop longtemps fréquentées dans ma jeunesse. Et dire que le fait d'asperger la toile de gouttelettes de peinture me paraissait novateurs à l'époque ! Si j'avais su que les chevaux possédaient ce sens artistique, j'aurais renvoyé leur créativité aux guides d'expositions. Mais à l'époque, mon intérêt pour les chevaux se limitait aux paris de courses que faisait mon majordome... Autrement dit quasi-nul.

En suivant Luka vers les paddocks que je venais de quitter, je pianotais sur l'écran de mon appareil. J'avais une bonne dizaine de clichés, certains allaient finir dans la corbeille de l'ordinateur, mais d'autres pourraient aisément être gardés. Et puis, quoi qu'il en soit, Photoshop allait m'aider à modifier cette luminosité manquante sans que personne n'y voie rien. Beauté informatique couplée avec celle de la photographie qui faisait mon bonheur.

Arrivant devant le paddock, Luka se prépara à libérer son cheval, mais celui-ci en décida autrement. Lui échappant, il partit au grand galop rejoindre les autres chevaux arrivés entre-temps, la longe volant derrière lui. Bénissant mon bon sens qui m'avait soufflé de passer mon appareil en mode rafale, je mitraillais le pie jusqu'à qu'il soit trop loin pour que mon zoom puisse donner quelque chose. Contente de ces clichés autant que de cette rencontre, j'éteignis l'appareil, pour le laisser à nouveau pendre à mon cou.

Me demandant si, moi aussi j'avais un cheval, Luka réengagea la conversation. Ma fichue timidité m'empêchait littéralement de faire le moindre pas dans ce sens si je n'y étais pas invitée. Et pourtant, quelle peste j'avais pu être envers certains journalistes italiens qui accaparaient mon temps ! Dans ces cas-là, ni ma timidité ni ma bonne éducation n'avaient du transparaître dans mes propos, laissant place à de l'ennui et de la profonde mauvaise foi. Mais les journalistes n'étaient pas aussi gentils que Luka. Ni aussi prévenants. Ni aussi mignons. Je stoppais net mes pensées, décidant de lui répondre.

» Euh, oui. Enfin, un cheval... C'est un cheval miniature américain, donc je ne vois pas ce que fais le mot "cheval" dedans. Une petite terreur trop maligne à mon goût, mais je l'aime quand même. Il s'appelle Sorcier.

Je détournais un instant mon regard du sien pour observer son cheval, qui broutait désormais. Il ne lui fallait décidément pas beaucoup de temps pour se défouler, à un cheval... Mais ils étaient tous pareil, et j'avais pu le remarquer malgré mes piètres connaissances du monde équin. Tous les animaux étaient mû par la seule loi du ventre, et même des animaux de ce gabarit. Me rendant soudain compte que mon explication ne devait pas sembler très claire, je continuais à expliquer, en essayant de faire le plus court possible.

» En fait, c'est mon père qui me l'a offert, pour ma première installation fixe depuis mon départ d'Italie. Je suis arrivée ici il y a une semaine, et il m'attendait.

Ayant peur d'avoir trop parlé, je me tus, sans parler d'avantage de mes origines. Il devait déjà être en train de comparer mes origines asiatiques à mon enfance italiennes. J'espérais fortement qu'il ferait lui-même le lien de l'adoption, que je n'ai pas besoin de remuer ces souvenirs assez désagréables. Mais bon. S'il me le demandait, je lui expliquerais, je n'avais aucune raison pour le remballer de la sorte.

» Et toi, c'est ton cheval le splendide surexcité ? Il s'appelle comment ?

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MessageSujet: Re: « La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard. »    Ven 2 Aoû - 9:17



Ainsi, la demoiselle aux traits asiatiques possédait un cheval. Mais pas n'importe quelle sorte d'équidé. Un "cheval miniature américain". J'imaginais vaguement ce que cela pouvait donner : taille de shetland, finesse du cheval. Un truc fragile qu'on aurait peur de plier en deux en montant dessus. D'ailleurs, Avril montait-elle son poney ? Non, sûrement pas. Si la jeune femme semblait légère, le petit animal à quatre pattes ne devait pas pouvoir porter davantage qu'un enfant de bas âge. Lorsqu'elle me décrivit son cheval, la cavalière avait cette petite étincelle dans le regard, ce ton portant le vécu de leur relation. Preuves de l'unique lien qui unit ce genre de couples. Sorcier, puisque c'était ainsi que se nommait la bête, avait apparemment un caractère bien trempé. Ma curiosité attisée par la tendre description de ce petit animal, je me promis intérieurement de regarder attentivement dans les boxes, si je ne pourrais pas l'apercevoir. Un cheval de cette taille, je ne risquais pas de le confondre avec un autre. Unique. Nous regardions tous deux mon cheval qui arrachait amoureusement et avec ferveur les touffes d'herbe du paddock. Le bonheur avec simplicité. Avril poursuivit, brisant les quelques secondes de silence qui s'étaient naturellement établies. La demoiselle compléta ses dernières paroles. Sorcieur avait été un cadeau de son père, pour son déménagement depuis l'Italie. ITALIA ! Voilà donc d'où provenait cet accent chantant où les voyelles prédominaient. Alors, Avril était une asiatique, physiquement, mais de nationalité italienne. Curieux mélange, pas désagréable à regarder et à entendre. Unique. Comme son petit compagnon. Le silence s'était de nouveau installé, me permettant cet égarement dans mes réflexions. Ce fut cette fois la jeune photographe qui engagea la conversation. Au sujet de mon cheval. La dénommination qu'elle employait pour le qualifier me fit doucement rire. " Le splendide surexcité ". Voilà le nom que nous aurions dû lui donner !

" Oui. Ce "splendide surexcité" est à moi. Depuis peu, ça va faire un peu moins de deux semaines qu'il est avec moi, maintenant. Il s'appelle Milky Way Up, c'est un réformé de courses. Un véritable Pur sang anglais, destiné à devenir un cheval de horse ball, ou une monture polyvalente. Mais vu comme il est rétif à l'obstacle, pour l'instant on ne va travailler que sur du plat et se familiariser avec le ballon. "

Je racontais un peu ma vie. Celle de Milky et moi. D'ordinaire mystérieux, pour ces choses là, je savais être bavard. Un peu trop sans doute. Certain d'avoir ennuyé la jeune femme avec mes détails inutiles, j'ouvris la porte du paddock et m'avançai dans l'enclos avant de refermer derrière moi. Milky, posé au milieu de l'herbe, broutait. Je lâchai, d'un ton détaché :

" J'vais récupérer la longe. "

J'avançai vers mon cheval, qui s'attelait toujours à sa tâche bien-aimée : manger. En même temps que j'approchais, je poussai deux longs sifflements de rappel à son attention. Milky leva la tête, me vit avancer, et la remit aussitôt dans les pissenlits. Il ne viendrait pas vers moi au petit trot, comme le faisait One Day. Nous n'étions pas assez proches. Le serions-nous un jour seulement ? Je continuai de mettre un pied devant l'autre et, lorsque je fus à une dizaine de mètres, je lui parlai. Je l'appelai, comme font presque tous les cavaliers pour prévenir leurs montures. Dès que je fus près de lui, je lui caressai l'encolure. Puis, ma main descendit vers sa tête, en même temps que je m'accroupissais pour être à hauteur du licol. Alors, ce fut un feu d'artifice. Milky posa son lourd sabot sur la longe, paniqua parce qu'il se sentait emprisonné, donna un coup de cul magistral, en tentant de se libérer il me déséquilibra avec sa tête. J'étais allongé par terre, et mon cheval galopait dans l'autre sens. La vitesse de l'action ne m'avait pas laissé beaucoup de marge pour réagir. Je me relevai, secouai mon pantalon. Mon coude saignait un peu. J'avais dû prendre un coup en protégeant ma tête, ou bien ma peau s'était légèrement ouverte en rencontrant le sol durci par l'été. Je n'y prêtai pas attention. Milky galopait toujours, soulevant un peu de poussière, la longe volant à ses côtés. Je soupirai. C'était loin d'être gagné. Double échec pour moi. Milky ne me faisait pas confiance et réagissait avec trop d'instinct. Il m'avait légèrement bousculé et je m'étais retrouvé dans la poussière, ridicule aux yeux de la jeune photographe qui n'avait pas dû perdre une miette de la scène. Oscillant entre le sentiment d'être désemparé et celui d'être excédé, je ne lâchais pas Milky des yeux. Il allait apprendre à me faire confiance et à me respecter.

J'essayais de le calmer de la voix, avec des "oh", l'appelant par son nom. Il s'était arrêté dans un coin. Fier. La tête haute. Réalisait-il que c'était sa faute s'il s'était fait peur ? J'avais l'impression qu'il allait me fuir, pensant que c'était à cause de moi. Il repartit dans un galop vif, martelant le sol, jusqu'à la porte. Jusqu'à Avril. Je jurais intérieurement. Il ne me laisserait pas faire. Il se foutait de moi en permanence !

" Essaie de lui enlever la longe si tu peux ! "

J'avais mis de côté mon orgueil de mec, celui qui me dictait de ne pas laisser quelqu'un d'autre enlever cette longe qui m'échappait, pour assurer la sécurité. Hors de question de le refaire galoper comme ça. Un pincement au coeur et je désirais tout de même qu'elle n'y parvienne pas...
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MessageSujet: Re: « La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard. »    Sam 7 Sep - 11:39

Le horse-ball. Ayant longtemps été une novice en équitation, et l'étant restée d'ailleurs, je cherchais dans ma mémoire ce que ça pouvait bien être. Mon bilinguisme en anglais ne me permit que de traduire un "cheval-ballon". Pas mieux, en fait. Je n'osais lui demander, de peur de passer pour une jeune idiote et écervelée. Pour un peu qu'il en vienne à apprendre mes origines de milliardaire, et j'allais être cataloguée dans la catégorie des "fifilles à papa". Depuis mon arrivée en France, je m'efforçais de couper avec cette image peu élogieuse, alors je n'allais pas raviver la flamme en montrant que je n'y connaissais pas grand chose dans ce milieu. Je retins un petit rire en y repensant : je sortais d'une luxueuse villa vénitienne pour me retrouver à parler à un quasi-inconnu, devant un pré, un appareil photo autour du cou pour tenter de gagner ma vie. J'étais tombée bien bas !

Alors qu'il était parti chercher encore une fois la longe, le pie fit des siennes. Je reconnus dans ses actions mon petit Sorcier, mais avec une jolie robe et une force bien plus conséquente. Luka s'étant retrouvé dans la poussière et m'ayant occasionné un léger rire, son cheval vint me passer le bonjour. Il s'était certainement rendu compte que, postée comme je l'étais de l'autre côté de la barrière, je n'en voudrais pas à sa liberté. Luka m'ayant demandé de lui retirer la longe, j'avançais la main doucement vers le mousqueton, pour tenter de le détacher. Peine perdue. Milky, visiblement très amusé par la situation, se cabra avant de repartir un peu plus loin. La longe toujours pendante m'avait violemment fouetté la main, lorsque le pie s'était cabré. Ne voulant pas le montrer à Luka, je frottais un instant ma paume rougie, avant de tenter de faire comme si rien ne s'était passé.

Afin de préserver mon appareil, je retirais la bandoulière de mon cou, et j'allais le poser dans l'herbe un peu plus loin. La longe avait touché ma main, le destin voulait que mon appareil soit le prochain sur la liste ! Me rapprochant à nouveau de la barrière, je vis que Milky hésitait à se diriger à nouveau vers moi. Plongeant ma main blessée dans ma poche, je sentis un sachet plastique. Le sortant, j'y découvris un fond de pignons. C'était donc ça qu'il était venu chercher en venant me voir ! Plutôt que de grignoter des cochonneries dans la journée, j'avais toujours sur moi des pignons pour les petits creux. Pour une fois, ma gourmandise allait peut-être pouvoir me servir à quelque chose !

Milky avait levé la tête en entendant le bruit du sachet plastique. Y plongeant ma main non blessée, j'en attrapais quelques-uns, que je lui tendis avec un grand sourire. Voyant qu'il hésitait à revenir, ayant bien imprimé que j'en voulais moi aussi à sa longe, je l'appelais d'une voix que je voulus aussi douce que possible.

» Allez viens mon grand ! T'as eu peur, tu mérites bien un petit remontant...

Comme si ces derniers mots avaient achevé de le convaincre, il s'approcha pour venir réclamer son dû. Son museau poilu me chatouilla agréablement la paume, et je ris devant ce grand dadet, complètement soumis à l'Homme par une poignée de pignons. en en repiochant une poignée dans le sac, je me tournais vers Luka avec un grand sourire.

» Si tu te dépêches, je vais juste en avoir assez pour l'occuper pendant que tu lui retires la longe...
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MessageSujet: Re: « La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard. »    

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